Gabriela Montero et ses amis

L'OCNA à la Quatrième
TERESA CARREÑO

Quatuor à cordes en si mineur

I. Allegro
II. Andante
III. Scherzo. Allegro ma non troppo
IV. Allegro resoluto

D’origine vénézuélienne, Teresa Carreño (1853–1917) a composé son Quatuor à cordes en si mineur (sa seule œuvre du genre) en 1895. Elle est alors déjà une musicienne de renom, une des premières pianistes à faire carrière en tant que virtuose en tournée aux États-Unis et dans le reste du monde. (Elle a également été chanteuse d’opéra et impresario de sa propre compagnie, qui donnait des représentations au Venezuela.) La composition est une autre manifestation de son talent prodigieux : elle a achevé 80 œuvres de son vivant. La plupart ont été écrites durant sa jeunesse et se sont insérées dans ses programmes de concert pour mettre en valeur une technique et un talent musical époustouflants. Plus tard, les concerts et les obligations familiales (sans compter les préjugés sociaux entourant les compositrices de l’époque) ont limité le temps qu’elle pouvait consacrer à l’écriture, ce qui n’a pas pour autant émoussé ses ambitions. En septembre 1896, le Klinger Quartet donne la première représentation officielle de ce quatuor au Gewandhaus de Leipzig. Les partitions sont publiées l’année suivante.

Le Quatuor à cordes de Teresa Carreño est une œuvre savamment travaillée dans le style du romantisme tardif : des thèmes dramatiques et expressifs, une riche palette harmonique et une écriture en contrepoint sophistiquée. L’Allegro commence par un thème joué avec intensité par le premier violon sur un accompagnement agité, suivi d’une mélodie plus douce et plus lyrique entonnée par l’alto. Au milieu du mouvement, le thème d’ouverture est développé; le premier violon s’élève vers des sommets rhapsodiques jusqu’au point culminant. Vient ensuite un nouveau thème mélancolique, comme un recueillement pour une passion perdue (Teresa Carreño a composé cette œuvre après la fin de son troisième mariage avec le pianiste et compositeur Eugen d’Albert). Le second mouvement est une sérénade à la mélodie très expressive, d’abord jouée par le premier violon (entièrement sur la corde de sol), puis par l’alto. Elle encadre un épisode central passionnément agité, dont les protagonistes sont cette fois le premier violon et le violoncelle.

Le vif Scherzo est quant à lui d’une nature changeante, rempli de moments de suspense. Il est également truffé d’humour, comme lorsque le gracieux thème du trio central interrompt la progression du retour du Scherzo. Le quatrième mouvement est imbibé d’énergie et de vigueur; un second thème d’une tendresse hésitante joué sur un rythme syncopé ajoute du contraste. Dans la section finale, une fugue impressionnante se déploie, mettant de l’avant une fois de plus le talent affirmé de Teresa Carreño en composition. 

Notes de programme rédigées par Hannah Chan-Hartley, Ph. D.

POULENC

Sextuor pour piano et vents

I. Allegro vivace. Très vite et emporté
II. Divertissement. Andantino
III. Prestissimo

Avec le sextuor de Poulenc, le tohu-bohu énergique et l’élégance urbaine de Paris s’invitent dans le milieu de ce programme. L’œuvre a été initialement composée entre 1931 et 1932, puis présentée pour la première fois en décembre 1933 avec le compositeur pour pianiste. Ensuite, Francis Poulenc (1899–1963) l’a largement retravaillée. Comme il le disait à Nadia Boulanger : « Il y avait de belles idées, mais l’ensemble était mal agencé. Une fois les proportions modifiées et équilibrées, l’œuvre ressort impeccablement. »

Le sextuor est une expression de l’éclectisme du compositeur, combinant la clarté néoclassique avec des soubresauts de satires mordantes, dans lesquelles sont d’ailleurs efficacement combinées les diverses couleurs instrumentales d’un quintette à vent accompagné d’un piano. L’Allegro vivace commence avec brio sur une note gaie, qui cède ensuite la place, vers le milieu du mouvement, à un solo de basson introduisant une mélodie triste et sentimentale exprimée d’abord par le piano. Des frasques humoristiques s’ensuivent lorsque revient l’énergie du début. Le deuxième mouvement est une structure inverse de la première : aux extrémités, deux pans lents – mélodieux, bien qu’un brin parodiques – encadrent une section centrale ludique qu’on dirait tout droit sortie d’un cabaret. La finale est faite de textures éclatantes jouxtant des moments de lyrismes soudains; la coda reflète la mélancolie nostalgique avant d’emporter l’œuvre vers une fin majestueuse.

Notes de programme rédigées par Hannah Chan-Hartley, Ph. D.

DVOŘÁK

Quintette pour piano no  2 en la majeur, op. 81

I. Allegro, ma non tanto
II. Dumka : Andante con moto
III. Scherzo (Furiant) : Molto vivace
IV. Finale : Allegro

Lorsqu’il a composé son Quintette pour piano no 2 en 1887, Antonín Dvořák (1841–1904) jouissait d’une popularité grandissante en Europe et surtout en Angleterre, d’où il avait d’ailleurs reçu des invitations fréquentes pour diriger sa musique. (Sa renommée a ensuite traversé l’Atlantique pour s’étendre jusqu’aux États-Unis.) Le quintette a renforcé sa réputation : son succès ne démord pas depuis sa première représentation, le 6 janvier 1888, à un concert organisé par les artistes de l’association Umelecká beseda dans le Rudolfinum à Prague. L’œuvre est alors encensée par la critique et saluée par les compositeurs, dont Piotr Ilyich Tchaïkovsky, qui avait écrit dans son journal qu’il avait « beaucoup aimé le quintette » après avoir assisté à un concert. Publiée l’année suivante avec une dédicace pour le professeur d’université Bohdan Neureuther, cette œuvre est devenue – et est encore aujourd’hui – une des plus interprétées de son répertoire. 

Il est facile de comprendre pourquoi elle suscite un tel intérêt. Le quintette a un côté insouciant, bien qu’il soit savamment construit, en utilisant des structures formelles infusées avec créativité d’une variété étonnante de mélodies et de rythmes ainsi que d’une couleur locale tchèque indéniable. Dans le premier mouvement, les éléments thématiques et rythmiques s’assemblent et se rassemblent, créant une tapisserie où s’entremêlent des textures musicales : tantôt solaires (thème d’ouverture), mélancoliques et joviales; tantôt troublantes (deuxième thème), pensives et héroïques. Cette alternance de musiques fortement contrastées se maintient dans tout le mouvement. L’Andante juxtapose de la même manière de la musique aux caractères différents. On y trouve une introduction mélancolique au piano, qui devient un refrain; une mélodie de la dumka (une sorte de lamentation slave) d’abord jouée par l’alto; et un deuxième thème décontracté, qui présente un tendre dialogue entre les deux violons, emporté ensuite vers un univers plus songeur par le piano. Une danse enjouée intercale ces thèmes, basée sur une variante très rythmée du refrain d’ouverture qui passe d’un instrument à l’autre.

Le troisième mouvement est un Scherzo et un trio dans le style tchèque du « furiant », dans la mesure où c’est une danse rythmique en temps triple (et non une alternance de temps triple et double dans comme la forme traditionnelle). Dans le Scherzo, Dvořák présente particulièrement des idées distinctes en succession : un motif jovial continu, une mélodie plus large et plus soutenue ainsi qu’un air simple, tirant sur le folklorique. Le trio central est une transformation de la première mélodie du Scherzo en pastorale. La finale du quintette est étincelante de motifs enjoués comme une phrase d’appel coquine, un thème principal contenu et plein de vie, et un air gracieux au caractère slave. Plus tard, le thème principal passe par un développement rigoureux, dont un moment où il est le sujet d’un fugato saisissant. Il revient vers la fin, dans une coda brillante qui mène le quintette vers une fin jubilatoire. 

Notes de programme rédigées par Hannah Chan-Hartley, Ph. D.

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